Delphine Minoui, en toute simplicité..

Auteure du livre « Je vous écris de Téhéran » aux éditions du Seuil, la jeune journaliste française Delphine Minoui y délivre une partie de son enfance. Entre Paris et Téhéran, elle dévoile un « récit plus personnel » très réussi. Entretien…
Bulles De Livres : Comment vous-est venu l’idée de rédiger ce livre « Je vous écris de Téhéran » ?
Delphine Minoui : Cela faisait très longtemps que je voulais écrire un livre plus personnel. J’y réfléchissais. Le problème en quelque sorte de la presse écrite, c’est que je décris l’action, les faits, le quotidien. Là, j’avais besoin de prendre du recul. Je voulais raconter l’autre Iran, celui des iraniens anonymes. Ces gens-là aussi méritent qu’on raconte leurs vies. C’est un projet très personnel. Je voulais aussi rendre hommage à mon grand-père. C’est lui qui m’a donné le goût de l’Iran. Tout a commencé en 1997. C’est une année charnière pour moi. J’étais diplômée de mon école de journalisme. En Iran, Khatami a fait évoluer l’image du pays. Et dans ma vie personnelle, mon grand-père a eu de sérieux soucis de santé. Il est rentré en France pour se faire soigner, mais trop tard, il n’était plus opérable. Quand il est décédé, j’ai souhaité faire le chemin inverse et découvrir ce pays qu’il m’a tant fait aimé.
BdL : Justement, suite à la sortie du livre, quels ont été les impressions, les retours que vous avez eu parmi vos proches ?
D.M. : Sincèrement, dans ce livre, je décris la vie quotidienne des iraniens. Ce n’est pas toujours simple alors j’appréhendais un peu leurs réactions. Il y a eu beaucoup d’émotions. Dans ce livre, je décris aussi les différences entre ma grand-mère orientale et moi, jeune occidentale. Mes proches, pour ceux qui l’ont lu, ont eu beaucoup d’émotions. Mais, certains n’ont pas encore lu mon livre car il n’a pas été traduit en persan.
Bdl : Serait ce envisageable de voir un jour ce récit adapté au cinéma ?
D.M. : C’est possible, mais c’est amusant car cela fait plusieurs fois qu’on m’en parle. Je me dis pourquoi pas… Cela permettrait de raconter l’Iran autrement. Les personnages de mon récit sont authentiques, sont vrais. Ils sont de vrais personnages de cinéma, donc oui, pourquoi pas.
Bdl : Parlons un peu de votre carrière. Comment vit-on comme femme, journaliste francophone en Egypte, en 2015 ?
D.M. : Pour le moment, je n’ai pas eu de gros problèmes. On passe partout, c’est l’avantage de la presse écrite. C’est plutôt facile de dissimuler un petit bloc-notes et un stylo. C’est beaucoup plus compliqué pour l’image. Dès que des amies montrent un appareil photo, elles sont repérées, elles sont beaucoup plus visibles. Par contre, en tant que femme, cela n’est vraiment pas évident. Le harcèlement sexuel existe que ce soit par les mots voir par les gestes. Je me dois de faire très attention. Je m’habille différemment ici qu’à Paris. Ici, je porte des vêtements longs, j’attache toujours mes cheveux. La journaliste que je suis, ne doit pas être au centre de l’actu, mais bien en retrait pour la décrire l’actualité. Je dois toujours éviter certains quartiers du Caire le soir et être perpétuellement en alerte. Je m’y suis fait.
Bdl : Dans ce dernier livre, vous décrivez la vie quotidienne des iraniens. Mais vous qui êtes installé au Caire, comment va l’Egypte en ce moment ? Il y a eu la récente condamnation à mort de l’ancien Président Morsi. Qu’en est il ?
D.M. : La situation est compliquée. Il y a eu effectivement la récente condamnation à mort de Morsi, mais c’est une qui est médiatisée sur une série de centaines de condamnations à mort. La justice est très politisée en Egypte. Depuis l’éviction de Morsi à l’été 2013, on assiste à une véritable chasse aux sorcières envers ses soutiens et ceux qui le soutiennent. Certains mouvements sont également menacés comme celui du 6 avril et même ceux qui soutiennent le Président Sissi comme « Tamarod ». Toute manifestation publique est interdite. En janvier dernier, la police a dispersé une manifestation publique et a tiré à balles réelles sur des manifestants et ils ont tué une petite fille prénommée Shayma (*). Le pouvoir tente de mettre une véritable chape de plomb sur le pays. On craint chaque jour un peu plus, un retour à l’équivalent de l’époque Moubarak, voir pire. Le pire est toujours possible…
(*) Shayma.vidéo.
http://www.liberation.fr/monde/2015/02/06/egypte-human-rights-watch-diffuse-une-video-attestant-que-la-police-a-abattu-une-manifestante_1196779

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