« Disparition d’une femme, l’affaire Viguier »

Captivant ! 

Quand l’un des meilleurs chroniqueurs judiciaires en presse écrite rédige un livre sur l’inexpliquée disparition d’une femme dans la banlieue résidentielle de Toulouse, ça donne un récit captivant, prenant aux tripes de la première à la dernière page.

Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur au Figaro depuis de très nombreuses années, décrit cette tragique affaire judiciaire du début du XXIe siècle avec autant d’objectivité que d’émotion.

A travers ce récit, le journaliste montre à quel point dans cette triste affaire (aussi !) la justice s’est emballée.
Il montre également en toute objectivité comment la justice a pu « fabriquer » de toutes pièces, un coupable qui a finalement été acquitté à deux reprises lors des deux procès d’assises en avril 2009 et mars 2010, auxquels Stéphane Durand-Souffland avait assisté. Il était alors témoin, malgré lui, d’un cuisant aveu d’échec de la justice….

« Disparition d’une femme    L’affaire Viguier« 
Stéphane Durand-Souffland
Editions de l’Olivier / 17 €.
http://www.editionsdelolivier.fr/

« La révolution ? On s’rappelle… »

Co-patron des Guignols de l’Info durant plus de 15 ans, Bruno Gaccio nous raconte, au travers de plusieurs nouvelles, des rencontres tantôt sérieuses, tantôt plus personnelles voire intimes.

Chacune de ces rencontres amène à une réflexion parfois très sérieuse, parfois teintée d’humour (on n’se refait pas!) et parfois remplie de rage, d’envie de tout casser, d’une irrémédiable envie de vraiment faire la révolution et ce, notamment lorsqu’il discute du système capitaliste actuel en général, avec Norbert, le compagnon de Brigitte : « Nous vivons dans un système en bout de course. On ne peut plus le réformer, il faut le changer. Un système n’est ni moral, ni immoral, il est juste amoral.(…) Les lois qui étaient censées protéger les individus sont aujourd’hui faites pour protéger les systèmes et les protéger contre qui ? Contre ces mêmes individus qui subissent les injustices que ces systèmes engendrent »

Un livre écrit par un trublion du Paf, un écorché vif qui a compris que la révolution n’est pas pour demain mais qui ne cache pas ses idées et qui l’écrit très bien 🙂

« La révolution ? On s’rappelle… »
Bruno Gaccio
Editions Descartes & Cie /
13,30 euros

« L’Ecologie en bas de chez moi »

Très réussi !

Aussi sérieux que drôle, cet essai de l’écrivain Iegor Gran se penche sur le problème récurrent ces dernières années de la bienséance en terme d’écologie, de développement durable et de protection de la planète.

Il ironise beaucoup, pose quelques bonnes questions à propos de notre façon de vivre. Il s’amuse de voir que nous sommes poussés, notamment, à manger bio, à trier nos déchets etc…  Au travers du développement durable et de l’écologie, qui sont deux notions transversales, l’auteur s’en sert pour parler de sujets aussi intéressants et variés que l’économie de marché dans le monde, des intérêts économiques et politiques, de l’équilibre global entre les pays du nord et du sud…..

Le seul défaut de ce livre, ce sont ces notes de bas de page. Même si elles font comprendre et progresser dans la lecture de ce roman, elles sont d’une quantité invraisemblable et constituent par endroit une réelle gène à la lecture.

Au final, Iegor Gran livre un essai réussi, qui fait réfléchir sur notre propre comportement vis à vis de la planète et de l’écologie en général.

« L’écologie en bas de chez moi »
Iegor Gran
Editions P.O.L. / 14.70€.
http://www.pol-editeur.com/

« Un si petit Monde »

« Le Monde ». Qui en France, ne connait pas ce journal ? Assurément personne. « Le Monde » est plus qu’un journal, c’est une institution dans la presse écrite française. Alors quand ses dirigeants annoncent que ce fleuron de la presse française est mis en vente, les plus riches hommes d’affaires de France se mettent en chasse afin de faire main basse, à l’approche des élections présidentielles, sur ce journal qui a presque 70 ans.

C’est cette interminable lutte sans merci mêlant fric, politique, coups de poignards, amitiés de circonstances entre ces financiers que raconte avec précision et objectivité la journaliste Odile Benyahia-Kouider dans un livre qui montre à quel point financiers, patrons de presse et hommes politiques sont interdépendants et liés les uns aux autres…..

« Un si petit monde »
Odile Benyahia-Kouider
Editions Fayard
17,10 euros

« Seul comme Chirac »

Jacques Chirac est un requin de la politique.

Il a tout connu, les victoires, les défaites politiques…. Il a connu et parfois occupé certains postes parmi les plus réputés mais aussi les plus dangereux dans notre pays. Il a été ministre puis Premier Ministre. Il a tout connu. Jusqu’à ce jour du 17 mai 1995 où il est officiellement investi comme nouveau Président de la République Française pour un mandat de 7 ans. Il sera réélu en 2002 pour un second mandat de 5 ans.

Durant ce premier mandat, Jacques Chirac a tout connu : plusieurs gouvernements, des manifestations monstres dans toute la France contre une série de lois du gouvernement Juppé 1, fiasco suite à une malencontreuse dissolution de l’assemblée conseillée par son directeur de cabinet, un certain Dominique De Villepin et cinq longues années de cohabitation, où, lui président et éléphant du RPR devait composer avec un gouvernement de gauche plurielle (Parti Socialiste, Parti Communiste et Les Verts) dont le Premier Ministre était Lionel Jospin

Au travers de ce livre aussi captivant qu’intéressant, Raphaëlle Bacqué et Denis Saverot (journaliste économique au magazine Capital) racontent la vie d’un homme politique hors du commun avec ses erreurs, ses idées, ses errements…

« Seul comme Chirac »
Raphaëlle Bacqué et Denis Saverot
Editions Grasset.
17,10 euros

« J’ai défendu Patrice Alègre »

Patrice Alègre, un nom qui fait froid dans le dos !

Pourtant comme tout être humain, s’il a commis des méfaits, il a le droit d’être défendu par un avocat. C’est la tâche « revenue » à Maître Pierre Alfort, jeune avocat toulousain. Et, comme l’explique Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire pour Le Figaro, dans l’avant-propos du livre  « Patrice Alègre, Pierre Alfort. Les deux hommes ont quasiment le même âge. Ils sont originaires de la région toulousaine. Leurs chemins auraient pu se croiser au collège, sur des terrains de rugby ou dans des boites de nuit. Ils auraient pu devenir amis. Ils ne le seront jamais. »

Au travers de ce livre fascinant, l’avocat raconte la relation toute particulière qu’il a entretenue durant plus de 6 ans ou il a été le seul conseil de Patrice Alègre et notamment lors du premier procès d’assises de ce dernier en février 2002.

Lui qui a déjà, dans sa jeune carrière de conseil, « rencontré de nombreux criminels », reste dès le départ de leur relation marqué, scotché par le contraste saisissant entre les faits reprochés à son client et la personnalité de celui-ci.

Pierre Alfort reste également marqué par ce fameux procès d’assises qui a duré deux semaines, période durant laquelle son client profitait profitait de chaque interruption d’audience pour  « fumer cigarette sur cigarette » et arrivait chaque matin dans une humeur différente. Cet homme que certains qualifient d’indéfendable au vu des actes qu’il a commis, a pourtant été courageusement défendu par Pierre Alfort durant 6 longues années.

C’est le récit bouleversant, humain, touchant de cette étrange relation professionnelle que dévoile Pierre Alfort dans ce livre.

« J’ai défendu Patrice Alègre »
Pierre Alfort et Stéphane Durand-Souffland
Editions du Seuil.
16,15 euros.
http://www.seuil.com

« World Trade Center, 47e étage »

11 septembre 2001, Une date rentrée dans l’Histoire du monde en quelques secondes !

Tout le monde se souvient ce qu’il faisait quand ces deux attentats ont eu lieu. Bruno Dellinger, lui, est probablement marqué à vie par cela, quoi qu’il en dise. Ce français, installé à New-York, avait sa propre société installée au 47e étage de la tour n°1 du World Trade Center. Ce 11 septembre 2001 est gravé dans sa mémoire. Il en parle avec une rare intensité.
« J’allume mon ordinateur, je consulte mes e-mails. Pendant ce temps, Suzanne et Jonathan arrivent à quelques minutes d’intervalle. (…) Il manque encore Arnaud, le stagiaire, qui arrive du Connecticut : les trains ne sont pas toujours à l’heure. »

Voilà comment avait commencé, pour lui, cette banale matinée du 11 septembre qui, quelques minutes plus tard va basculer dans l’horreur.

« J’ai pourtant bien discerné qu’il s’agissait d’un avion.  (…) Soudain j’entends le vrombissement strident de l’appareil qui s’approche à toute allure. A peine ai-je le temps de relever la tête de mon ordinateur et de regarder par la fenêtre qu’un impact d’une violence inouïe ébranle le bâtiment. »
Dès cet impact, rien, pour lui, ne sera plus comme avant. Dans cet attentat, il a perdu de nombreux amis et collègues qu’il croisait tous les jours au travail. Ce livre ressemble, pour lui, à une thérapie pour extérioriser cet évènement inédit qui a marqué la planète entière et qu’il a vécu de l’intérieur, malgré lui…

« World Trade Center, 47e étage »
Bruno Dellinger
Editions Robert Laffont.
15,70 euros

« La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial »

Tout est dit dans le titre de ce pamphlet de 335 pages !
Ecrit par l’ex-directeur de la communication de la Société Générale, Hughes Le Bret, ce livre raconte sans concession la manière avec laquelle l’une des plus grandes banques mondiales a été mise en péril par l’ex trader Jérôme Kerviel.

Le livre a été publié peu après le procès de ce dernier dont le jugement a été rendu en octobre 2010. Captivant du début à la fin, l’ex « dir’ com » détaille avec beaucoup d’émotions la découverte puis la gestion des soucis engendrés par les actions tentées par Jérôme Kerviel. Ce dernier est logiquement traité avec mépris dans le livre vu que c’est lui qui est, selon l’auteur, l’unique responsable de la période de troubles traversés par l’une des plus grandes banques françaises.

Hughes Le Bret, l’auteur faisait partie à l’époque des faits, de l’état-major de l’entreprise et a été au plus près de tous les faits et gestes du patron de la banque, Daniel Bouton, durant cette période de crise sans précédent. Tout a commencé pour l’auteur le dimanche 20 janvier 2008 vers 10H30 quand son patron, Daniel Bouton donc l’appelle sur son portable, comme il le raconte comme suit, dans les premières pages du livre….

 » C’est ainsi que tout a basculé. Ce jour là, je lis le journal dans mon salon, lorsque je reçois un coup de fil de Daniel Bouton. (…) Voir le nom du P.-D.G de la Société Générale un dimanche matin est de mauvaise augure. Je suis le Directeur de la communication de la banque depuis huit ans. Daniel m’a rarement dérangé…… »
Avec toute la minutie qui sied à son travail, Hughes Le Bret livre un récit à la fois acide, cash, concis, parfois très dur contre Jérôme Kerviel et rempli d’une émotion très digne.

« La semaine où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système financier mondial »
Hughes Le Bret
Editions Les Arènes.
18,80 euros.

« Insecte »

Ecrit en 2005 par la jeune auteure Claire Castillon, « Insecte » est un ensemble de nouvelles toujours plus décalées et inattendues les unes que les autres, ayant pour thème central les relations mère/fille.

Dans son style à la fois distant et personnel, Claire Castillon nous fait voyager, par ses textes, dans des univers à la fois décalés, différents et parfois loufoques. Toutes ses nouvelles sont écrites de façon directe, percutante, sans fioriture. Elle utilise parfois le « je » sans laisser le moindre indice permettant de savoir si c’est vraiment une nouvelle autobiographique ou si l’auteur parle d’un autre en employant malgré tout la première personne du singulier.

« Insecte »
Claire Castillon
Editions Fayard.
13,30 euros

« Ticket d’entrée »

Franchement corrosif, drôle, polémique, le nouveau roman de Joseph Macé-Scaron (directeur adjoint de l’hebdomadaire « Marianne », directeur du « Magazine Littéraire ».) ne manque pas de piquant. Au travers d’un personnage détonnant, Benjamin Strada, l’auteur a rédigé un roman qui ressemble beaucoup à une autobiographie qui ne dit pas son nom. Il décrit avec malice la vie d’un homme qui réside à Paris et baigne dans les hautes sphères du journalisme et fait partie de la crème des journalistes parisiens, au vu de son poste dans le magazine « Le Gaulois ». Il raconte les journées de travail, les rencontres, les soirées plus ou moins huppées du tout-Paris, les voyages de cet éminent journaliste qu’est Monsieur Strada.

Au travers de son personnage principal, l’auteur montre aussi les bons comme les mauvais côtés de la vie d’un journaliste à Paris. Il ne cache rien de la vie de ce journaliste parisien, le fameux Benjamin Strada, même les moments les plus intimes.

Profitant d’un week-end avec son compagnon à Barcelone, il ne cache rien de leur vie intime  « Je ne pouvais plus retarder la chose. Je l’aidais à se mettre à quatre pattes et m’activait sur un rythme qui pourrait passer non pas pour de la passion mais pour de l’intérêt. Tout à coup, Renaud se retourna et saisit ma queue. (…) Je n’étais pas un égoïste et je terminai ma besogne jusqu’à ce que Renaud ait poussé un grand cri qui, cette fois, devait être de plaisir. »
Tant il détaille sa vie privée jusque les moindres recoins de sa vie intime, tant l’auteur ne cache rien non plus des avantages qu’offre son statut et des rencontres qu’il fait, notamment avec les grands patrons de presse, tel Charles Sabot, et d’éminents confrères comme Georges Piot, dans le livre. « J’arrivais dans son bureau. (…) Il fallut cinq jours aux eaux pour se retirer, à la terre pour émerger et cinq heures au Gaulois Magazine pour se doter d’un nouveau rédacteur en chef. L’ancien, Georges Piot, m’accueillit en fumant une cigarette américaine dans son fauteuil pivotant allemand. Sur son bureau danois très brillant, il avait appuyé deux chaussures italiennes très luisantes qui, s’y reflétant, avaient l’air de quatre chaussures italiennes. J’étais assis, très raide, face à lui, avec une expression déférente et mes pieds étaient vrillés l’un à l’autre. »…

Un très bon roman, ressemblant à une autobiographie qui ne dit pas son nom. Joseph Macé-Scaron a d’ailleurs reçu, en juin dernier, le Prix de la Coupole 2011 pour ce livre

« Ticket d’entrée »
Joseph Macé-Scaron
Editions Grasset / 18,05 euros

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